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Compte rendu de la bi'causerie du 26/02/2001 L’abstinence bisexuelle (ne pas passer à l’acte avec l’un des deux sexes) dans le cadre du couple engendre la frustration, la culpabilité, le sentiment d’un sacrifice («J’aime l’autre, je ne peux pas lui infliger ça») et l’impression de ne pas vivre en entier, de se nier soi-même. Mais se restreindre n’est pas forcément une solution: l’autre peut deviner ce mal-être. Prendre conscience de sa bisexualité aide à mieux la vivre. Des couples homme-femme ont témoigné lors de cette bi’causerie. D’une façon générale, il semble que dire sa bisexualité à l’autre aide le/la bi, dans le cas de ces couples. Tous ne vivent pas cela de la même façon: on prend conscience plus ou moins tôt de ses attirances, alors qu’on n’est pas encore en couple ou alors qu’on a déjà fondé une famille et établi à deux un contrat moral sans notion de bisexualité. Fidélité: Présenter le tiers à son/sa partenaire: Les situations sont multiples et vécues très diversement. Réaction de Charlotte, le 8 mars 2001 Je réagis à votre causerie sur le couple, discussion à laquelle j'aurais bien aimé participer (je suis à Montpellier) car c'est un sujet qui me passionne.Je peux partir de mon expérience personnelle, en me disant qu'il ne faut établir aucune généralité et que chacun, selon le degré de son développement, son passé, ses aspirations, bref son être, fait selon! Tenter de définir, au terme d'un échange d'expériences et de points de vue une "morale bi du couple " me paraît dangereux et inutile (je ne pense pas que ce fut votre but, simplement je tâche de prévenir une dérive possible): il y a assez de morale diffuse! L'espace différent, et à mon sens, riche, divers, que crée l'"état bisexuel" d'un des deux partenaires du couple ou des deux membres du couple peut être justement l'occasion d'expériences de dépassements et de réelle ouverture, un travail sur soi intéressant et pas uniquement une série de problèmes insolubles ou de situations bloquées. Tout dépend, selon moi, de la reflexion que l'on va mener sur soi même, ce que l'on apporte à l'autre et ce que l'on renonce à lui apporter au "risque" (le risque peut tres bien se changer en générosité, en ouverture) de laisser toute sa liberté d'action à l'autre... Pour moi la jalousie dans le couple (et en particulier quand elle gêne, accable, fait souffrir) peut se dépasser, si on en a envie, évidemment. N'est-elle pas souvent le signe d'un manque, soit de confiance en soi, soit d'amour de soi: quand on s'aime assez, on n'a pas peur de perdre l'autre à tout propos, en toute occasion, on sait, si l'amour est profond évidemment, qu'il ou elle peut continuer à vous aimer en dépit de ses pulsions vécues ou même de ses amours et aventures " en dehors". Le trio, même passager, peut être une superbe expérience amoureuse et érotique où l'on réalise pleinement qu' on a le DROIT d'aimer, le droit d'éprouver des sentiments variés, pour telle ou telle personne et que ces élans ne compromettent pas forcément le couple! On peut même les faire partager, c'est merveilleux, ou garder un jardin secret: tout dépend étroitement de savoir où l'on place sa confiance, qu'est ce que l'on entend par AIMER, est- ce posséder l'autre, en faire sa chose, son être, sa propriété, ou est-ce l'aimer pour l'aimer, parce qu'on l'aime, dans le respect de ses fantasmes et de sa créativité? La jalousie est certes naturelle, mais elle est aussi culturelle: on nous a appris qu'elle était la preuve d'amour absolu irréfutable! Toute notre littérature est traversée de cette peur de perdre l'autre, de ces drames, sans lesquels le "vrai amour" semble ne plus exister! Personnellement, je ne crois pas que la jalousie inhibitrice soit une preuve d'amour, bien au contraire, pour moi aimer l'autre c'est aussi se respecter soi même , avoir envie de se dépasser un peu, d'élargir, d'enrichir le lien, de le poétiser, de le rendre vivant et stimulant... d'aller au devant de soi même, de ses facettes, et pas toujours au devant de l'autre, à son corps défendant... le culpabilser d'aimer aussi ailleurs: il faute, il trahit, il ne m'aime plus, pas en fait, il a un double jeu, etc... le catalogue des horreurs. Je suis mariée depuis 92 avec un homme qui me respecte dans mes choix, mes élans d'amour et pas seulement de sexe (on dévalorise l'érotisme en permanence), et que je respecte aussi. Cela n'a pas été simple au début et on a beaucoup appris ensemble, en vivant des aventures et en dépassant certaines peurs, peur de perdre, peur d'aimer surtout, peur de "soi différent", peur de l'apport de quelque tiers, peur, toujours cette peur! Alors je veux bien convenir qu'il faille "protéger l'autre": contre quoi, que voulez vous dire par "protéger l'autre"? Si c'est contre le sida, les maladies sexuellement transmissibles(*), je suis d'accord avec vous. Si c'est le protéger contre l'amour et sa richesse, ses aventures, sa poésie, le dépassement de soi et la générosité qu'il demande quand il est beau, léger et profond, alors non. Protéger en infantilisant, non merci. Assez de morale, la bisexualité est pour moi l'espace d'une nouvelle approche amoureuse, une nouvelle ère érotique qui s'ouvre à nous, une ère de possibles, de diversité, de dépassement des vieilles terreurs, une ère de bonheur... J'aime ma vie, j'aime aimer, donner, recevoir, non je ne m'éparpille pas forcément, non je ne fais pas souffrir, non je n'ignore pas les joies et les bonnes vibrations tranquilles du couple uni... simplement je jouis d'être en vie, entière, amante, aimée par un homme ou plusieurs, par une ou plusieurs femmes. Je jouis de les aimer, de pouvoir ma vie durant en aimer d'autres et les aimer, eux, longtemps, aussi longtemps que possible. Et les enfants dans tout ce mic mac amoureux, me diront certains esprits soucieux d'équilibre! J'espère leur transmettre en tous cas autre chose que des peurs, et surtout pas la peur de s'aimer, d'aimer, de créer autour de soi la beauté et l'érotisme, la générosité et le respect, la confiance. * Note de la ouaibemaîtresse: c'est effectivement à la protection contre le sida et les MST que nous pensions. |