Par Catherine Deschamps
Bi'Cause existe depuis décembre 1995 (appelé, à cette époque, "Groupe Bi"). Il s'est créé à l'initiative de quelques filles qui en avaient assez de laisser à la porte du Centre Gai et Lesbien une partie de leur identité.
Des femmes, et trés vite des hommes aussi, qui se lassaient des ironies lourdes de sous-entendus. Le but premier de Bi'Cause était de démontrer l'existence même de la bisexualité, de la rendre visible, et plus encore peut-être lisible.
Cette association fonctionne sur un mode plutôt original au regard des schémas militants pédés et gouines existants. Elle permet une interrogation sur le sens et le contenu d'une sexualité. Elle témoigne d'une sorte de construction identitaire en direct, avec tous les doutes que cela implique. De par sa nouveauté, elle génère et accepte encore les questionnements, elle intègre les diversités. Elle piétine aussi parfois, se perdant dans les méandres de justifications imposées par les normes ambiantes.
Mais avant tout, et bien que la démarche reste encore timide, Bi'Cause bouscule, met en doute et interroge les classements préétablis. Dans une certaine mesure, les thèmes abordés lors des débats dépassent le cadre de la bisexualité.
Et c'est aussi en tant que fouteur de merde que "Bi'Cause", l'association, est passionnante. Avec une certaine naiveté parfois, à moins que ce ne soit une candeur involontaire, elle a le culot de reposer les termes d'un militantisme politico-sexuel.
Car la bisexualité est aussi un outil de réflexion, un miroir pour une autre lecture du social.
... Et puis, signe de bonne santé, Bi'Cause commence à diversifier son éventail d'activités : des débats toujours, mais aussi un projet radio, des propositions cinématographiques, un engagement autour des Lesbian & Gay Prides, des activités sportives, des rencontres conviviales et ludiques...
A ce rythme, il va bientôt être dépassé par son succès!
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La bisexualité médiatrice de deux communautés
Par Alain Deron (dit "la mascotte", membre du ZOO)
J'ignore si la bisexualité est le dernier tabou, mais qu'elle soit le médiateur entre deux communautés jusqu'alors opposées, ne fait guère de doute.
Cette position, qui peut la borner à une sexualité de "l'entre-deux", est propre à déjouer les mécanismes d'opposition entre l'hétéro et l'homosexualité. Au-delà, elle est révélatrice des normes qui les régissent, car on ne déconstruit pas les catégories en les multipliant. Ainsi, la bisexualité peut et doit trouver sa place dans l'hétéro et l'homosexualité. Elle peut et doit les interroger toutes les deux, contredisant ceux-là mêmes qui voudraient en faire une chose à part, une catégorie de plus.
Qu'est-ce qu'un(e) bisexuel(le) ? Un hétéro n'est pas un PD. Un PD n'est pas un hétéro. Un(e) bisexuel(le) n'est donc ni tout-à-fait hétéro, ni tout-à-fait homo. En ce sens, je dis que la bisexualité ne rencontre pas d'opposants, plutôt des sympathisants. Celui qui n'est pas "vraiment", est donc, soit quelqu'un qui n'assume pas, soit un bi. Question: la Sexualité exige-t-elle que l'on soit "vraiment"? Cet impératif ne naît-il pas de l'autre? Car en matière de sexualité, et de bisexualité en particulier, la tentation est grande de faire que le désir soit pur ou perçu comme tel...
Ainsi, qu'il s'agisse de légitimer la bisexualité en s'appuyant sur la théorie freudienne ou un état "de nature" (définie dans le cadre d'un déterminisme sexuel), le discours de "vrais" bisexuels(les) (comme il est de "vrais" PDs et de "vrais" hétéros) est un rien prosélyte et pour tout dire essentialiste. Ces bi s'en trouvent limités dans la justification perpétuelle, et jamais renouvelée, de la bisexualité...
De même que le discours politique échappe aux catégories dès lors qu'elles se fondent sur la pratique sexuelle, la dimension politico-sexuelle de la bisexualité est quasi-absente de Bi'Cause, l'association. Je suis frappé du peu de connaissances ou de références à l'histoire des PDs et des gouines. La bisexualité semble ignorer les rapports de pouvoirs, et de résistance, inhérents à toutes sexualités... C'est dommage! Car en intégrant une histoire des sexualités, la bisexualité pourrait jouer un rôle politique, en déconstruisant les normes et autres dogmes sur lesquelles se fondent l'hétéro et l'homosexualité.
A titre d'exemple, le désir exclusif dont se prévalent l'une et l'autre communauté.
Ainsi, tant qu'un hétéro sera celui qui ne couche qu'avec l'autre sexe et un PD, celui qui ne couche qu'avec le même sexe, nous continuerons à fonctionner selon une logique d'exclusion, qui n'est autre qu'un système protectionniste.
De même qu'il y a une vie après l'homophobie, de même qu'on ne saurait exister seulement dans l'opposition, la bisexualité, en posant la question d'un désir ambivalent, permettrait de confondre, sans les nier, I'hétéro et I'homosexualité.
Je suis PD, ce qui ne signifie pas que l'homosexualité soit une certitude, prélude aux discours radicaux, plutôt un travail. Par "travail", j'entends que nous ne nous définissons pas par l'opération du Saint-Esprit. Et que la Sexualité, dès lors que nous la "possèdons", perd toute fécondité pour s'inscrire dans le cadre de la reproduction. Nous tombons, ainsi, dans l'économie de sa réflexion dès que nous la tenons pour acquise.
Par "travail ", j'entends aussi que, si l'idendité est déterminante, elle n'est pas déterminée. Et qu'en conséquence, loin d'être suffisante, I'identité génère un espace où s'inventer.