1, 2, 3, nous irons au bois...
Comptine personnelle et friponne,
sans rime ou presque
1, 2, 3, la vie c’est sympa.
L’arrivée s’est faite en douceur, tout va bien, je découvre.
4, 5, 6, mon père n’est pas de service.
Il est lointain, moins physiquement que par sa faible envie de vivre. Il communique peu et ne donne pas d’explication, j’ai l’impression qu’il s’est caché dans sa tête. La cause de ce malaise est une énorme déprime dont il est le seul à connaître les raisons. Je vis mes premières crises d’angoisse, rares mais surprenantes.
7, 8, 9, qui assure ? Les meufs !
Ma mère comble le vide dû à la démission paternelle, et s’en sort assez bien. Elle déconne un peu avec son autorité naturelle, mais fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Mon père aussi, mais avec ce qui lui reste. Je découvre que mes voisines sont charmantes.
10, 11, 12, ébauche d’une scène en douze.
Mon premier contact avec un garçon a lieu dans les toilettes du collège. C’est troublant et bon. Plusieurs fois nous nous sommes retrouvés et brutalement nous avons cessé, sans rien dire. Je ne sais plus si cette rupture a eu lieu avant ou après l’incident qui suit.
13, 14, 15, pour m’apaiser, dorénavant seuls seront efficaces
les oinjes.
Car un de mes oncles a joué au pendu, ce qui n’est pas grave pour la planète mais désagrégeant à mon échelle. Nous étions liés et tout s’est figé. L’incident et ses répercutions sont très mal gérés par le groupe familial. Je décrète que c’est de la faute de tout le monde, de la mienne en particulier, et m’enferme dans un monde dédié à l’enfance et aux plaisirs, à la vie quoi. Les crises d’angoisses reviennent périodiquement. Pas de nouvelle expérience homo, mais une nostalgie de la première.
16, 17, 18, des pensées me parasitent.
Elles flottent, troublantes, dans mon esprit, rêveries remplies de femmes... et d’hommes, et sont sublimées dans les amitiés, riches et constructives.
19, 20, 21, l’ignorer est vain.
Ma bisexualité se confirme par une fréquentation des toilettes, bois et autres queues d’étang, où je rencontre des hommes et des couples. Poussés par la norme, une camarade et moi nous mettons en ménage, sans évoquer nos différences hélas, c’est l’os.
22, 23, 24, normal que ça rate.
Le couple n’est pas stable, aucun de nous deux n’est construit, et je faute souvent, par pulsions. Ma biaffinité n’est pas gérable dans cette première expérience de vie commune et nous nous séparons. C’est très perturbant car je m’étais juré de ne jamais faire de mal à quelqu’un dans son âme.
25, 26, 27, explosion en cours de quête.
A 25 ans, tout ce qui n’a pas été libéré à 13 ans, tout ce qui est resté enfoui pendant des années et a fait tourner mes réflexions en boucles infinies, se libère, ou plutôt explose, au point que je demande un soutien médical. Mais ouf, avoir tout remis en cause me permet de reconstruire solidement. Ces années là sont les plus difficiles, je veux rester et digérer.
28, 29, 30, la norme me hante.
Sous l’influence du modèle familial et de la solitude, une amie de fraîche date et moi tentons une vie commune. Deuxième échec, pour les mêmes motifs que la première fois. Je vérifie par l’expérience ce que je pressentais, essayer d’être autre chose que soi même est une erreur grave. Nous nous séparons. Heureusement, tout va bien au boulot, maigre mais concrète consolation.
31, 32, 33, enfin j’y ai droit.
Bi’Cause est arrivé, c’est une libération, le début d’un espoir de ne plus... être seul, me cacher, faire semblant... et enfin... ASSUMER, RENCONTRER, AIMER et VIVRE ! ! ! Fin du malaise, tout le monde descend, crises d’angoisse comprises.
1, 2, 3, j’ai à nouveau confiance en moi.
Je suis serein puisque je sais que vous existez, bis de
Paris, de Grenoble, d’Auch, d’Houilles, d’Eu ou
d’ailleurs.
Voilà mon histoire résumée. Elle développe peu les difficultés que j’ai éprouvées à gérer ma bisexualité, à trouver une place dans un monde qui à mon goût dissocie trop les côtés hétéro et homo de la vie. A partir de ces expériences et d’observations, je ne conclus pas que c’est moi l’élément instable ou mal placé, je pense plutôt que les modèles existants ne sont pas complets, donc pas satisfaisants. Je doute même beaucoup qu’il soient mieux adaptés à la société future que les modèles bis naissants, dans lesquels je suis sûr nous pouvons tous grandir, qu’une cellule familiale peut trouver sa place et être un cocon plus constructif que celui que j’ai connu.
Tout est à créer, alors créons.
Yves