La vie de couple selon Sacha
La vie à deux, le plus souvent, ce n’est pas une vie de couple, mais une vie de coups, une vie de cons. J’ai vu tant de couples mal assortis, à la fois haineux et complaisants, pour lesquels le seul enjeu était le pouvoir, imposer la couleur du canapé ou voler des plaisirs au nom de la liberté individuelle, rejeter le désir de l’autre pour justifier ses propres frustrations... Dans l’idéal, vivre en couple, se marier, avoir des enfants, c’est créer la «vraie famille dont on a rêvé et qu’on a jamais eue».
En réalité, c’est surtout reproduire la mauvaise famille dont on est issu, restaurer en plus caricatural la foutue famille sur laquelle on a craché jadis, donner un semblant de légitimité à une association équivoque, de circonstance ou de convenance...
La plupart des couples se détestent et ne veulent surtout rien y faire. La dépendance matérielle, symbolique, sociale et affective est telle pour l’un comme pour l’autre, qu’ils se refusent à se séparer parce qu’ils savent que ce qu’ils ne parviennent pas à faire ensemble, ils seront incapables de le faire seul: vivre en couple est plus confortable que la solitude: c’est avoir «pignon sur rue», voyager en emmenant avec soi le gigolo ou la pute avec qui l’on couche (c’est si dangereux maintenant de baiser au hasard), de faire des enfants, d’avoir l’air socialement correct, comme tout le monde !
Se marier c’est prendre le goulot d’étranglement, entrer dans la bouteille de formol où l’on finira comme un foetus avorté, individu incomplet, étouffé, à jamais momifié, étranger à l’amour, exilé de la vie.
Tout le monde parle de l’amour et il n’y a que des arrangements, des espoirs distincts, parfois inconciliables, inscrits entre les lignes d’une même liste de mariage, des attentes démesurées qu’on sait l’autre inapte à combler. Tout le monde parle de confiance et il n’y a que des faux-semblants, des déguisements, des mensonges. A l’intérieur du couple, c’est chacun pour soi, autant dire que c’est la guerre. Et le sentiment le plus fort, c’est souvent le mépris.
Sacha