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Place aux coups de coeur, aux coups de gueule...

«Tu le veux? J'arrive pas à finir...»

C’est début octobre de l’année de mes vingt ans que ma vie a pris un tournant décisif. Ah, vingt ans, le bel âge!… Si on veut.
J’avais jusque là toujours puisé mon énergie dans mon aptitude à réfléchir à des problèmes sérieux (ma vie en est un, j’en suis désormais absolument certaine) quand curieusement je me suis rendue compte que l’un des problèmes que je croyais avoir bel et bien résolu m’échappait totalement.
Bien sûr, je me suis dit que ce n’était que par manque d’approfondissement de la question. Qui sait?

Elle m’était toujours apparu comme la plus belle personne intériorisée qui existe. Et même si la faire parler pour la soulager relevait d’une épreuve Olympique, elle, au contraire, semblait apprendre tellement de mes états d’âme, de mes réflexions, justement. Elle m’aimait, je l’aimais. Nous nous apportions mutuellement affection, amour, sexe, joie…
La seule fausse note dans ce tableau aurait pu être mon incapacité à me mentir et à mentir aux autres. La passion que je ressentais de façon chronique mais aléatoire pour tout un tas d’individus de tous les sexes nous éloignait puis nous rapprochait de façon assez violente. Je ne pouvais pas le nier. J’appelle cela désormais des pulsions sexuelles. Je suis toujours partie du principe que nous sommes ce que nous sommes, surtout sur le plan biologique, et qu’aller à l’encontre parce que nous sommes hommes et pas bêtes, n’autorise pas à nier l’évidence. Mais faut-il pour autant être rejeté de la société??? Qu’implique le fait de parler de ses pulsions sexuelles aux autres? Ne sommes-nous pas tous contrôlés par les mêmes hormones, et notamment celle qui engendre le sentiment de besoin, que ce soit de sexe, ou de bonne nourriture???
Ainsi donc, est arrivé le jour où une de ces personnes m’attirant incontestablement m’a dit «J’ai envie de toi». Cinq mots pour décrire cette pulsion sexuelle, ce phénomène biologique qui se révèle pour toute sorte de raisons rarement rationnelles d’ailleurs.
Cette personne était en couple depuis un certain nombre d’année, un de ces couples où le partage des tâche n’est pas tout à fait traditionnel mais ne semble pas trop s’en éloigner. Un couple heureux.
Couple pour couple, le mot était lâché. Qu’elle qu’en soit l’issue, le désir était là, partagé, ne cherchant plus qu’à s’exprimer de la façon la plus courante … l’orgasme. Dès lors, comment faire? «Résister!» disait une voix; «Foncer!» disait une autre. Le désir, insondable, se tordait dans tous les sens pour me rappeler qu’il y avait là un point de sortie, une issue possible qui ferait souffrir tout le monde mais me soulagerait de ce besoin instantané.
Mais pourquoi les gens en souffrent-ils, finalement? Qu’est-ce qu’une trahison? Ne pas tenir une promesse en est une. Mais comment promettre que l’on ne fera pas l’amour avec quelqu’un d’autre? Comment promettre que ses pulsions ne seront jamais trop fortes? On ne peut s’empêcher de penser. Ni de ressentir. On ne peut que s’empêcher d’agir dans la mesure du possible. Mais à quoi bon? Pourquoi ne pas se faire plaisir?…
S’abandonner à quelqu’un est vraiment une expression que je déteste. Faire l’amour, c’est se faire plaisir mutuellement. Ce n’est pas se donner mais donner à l’autre. Votre ami(e) ne se donne pas, il (elle) prend une partie de son affection pour vous et la reporte sur quelqu’un d’autre. Il (elle) ne vous respecte pas moins pour autant!
Alors nous nous sommes fait plaisir partiellement (sans aller au bout).
Elle a souffert. Pas son amie: il ne lui a rien dit.
Rien que ça, rien qu’un tout petit report d’affection et le monde s’écroulait. Ne plus posséder totalement quelqu’un. Imaginer que je m’abandonnais à lui.

Parler n’avait donc rien résolu du tout. Parler, la plus belle chose qui soit donnée à l’être humain pour communiquer avec les autres et découvrir qu’il n’est pas le seul à ressentir.
Alors si parler ne sert à rien, seule avec mes pulsions, j’ai décidé de m’en aller.
Toi qui lis mon histoire, si mes derniers mots te rappellent quelque chose, alors finis de résoudre ce problème, car je n’y arrive pas.

Malice (malice.yeux@oreka.com)